Réunis lors d’un atelier régional consacré à la lutte contre les mariages d’enfants et les violences sexuelles en Afrique de l’Ouest et du Centre, experts et décideurs ont mis en lumière des statistiques particulièrement alarmantes. Selon les données issues des Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS 2023), 5,4 % des jeunes déclarent avoir débuté leur vie sexuelle avant l’âge de 15 ans.
Présentant ces résultats, Fatou Ndour Kane, point focal genre à la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME), a alerté sur la portée de ces chiffres. Elle a souligné qu’au-delà des données statistiques, ces indicateurs traduisent des réalités humaines marquées par des vulnérabilités profondes. Derrière ces pourcentages se dessinent des parcours de vie fragilisés, souvent liés aux mariages précoces et aux violences sexuelles.
Les données révèlent également qu’environ 15 % des adolescentes sont victimes de violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. Un constat d’autant plus préoccupant que l’écart entre zones rurales (15 %) et urbaines (15,2 %) reste faible, montrant l’ampleur du phénomène dans l’ensemble de la société. Ces situations exposent les jeunes filles à de multiples risques, notamment les grossesses précoces, les complications de santé reproductive, la déscolarisation et des traumatismes psychologiques durables.
La rencontre, organisée sous l’égide de African Population and Health Research Center (APHRC) et de Union for African Population Studies (UAPS), a également permis de mettre en avant les réponses institutionnelles engagées par les États.
Au Sénégal, les autorités ont réaffirmé leur engagement à travers plusieurs initiatives structurantes. Intervenant à l’ouverture, Rokhaya Diakhaté, directrice de la Famille, a évoqué la mise en œuvre du plan national de lutte contre les violences basées sur le genre ainsi que l’Agenda national de la fille. Elle a également rappelé l’existence de centres de prise en charge holistique pour les victimes, installés notamment à Kaolack, Fatick, Kédougou et Dakar.
À ces dispositifs s’ajoute le numéro vert 116, un service d’écoute et d’orientation destiné aux victimes, qui constitue un levier essentiel dans la prise en charge et l’accompagnement.
Les intervenants ont insisté sur le rôle déterminant des données produites par les institutions de recherche pour orienter efficacement les politiques publiques. Toutefois, ils soulignent que ces efforts doivent être renforcés par une mobilisation collective. La pauvreté, les normes sociales et les inégalités de genre demeurent en effet des facteurs majeurs qui alimentent ces phénomènes.
Face à l’ampleur de la situation, un appel fort a été lancé en faveur du renforcement des actions de prévention, de l’éducation des jeunes et de l’implication accrue des communautés, afin de garantir aux adolescents un environnement plus sûr et des perspectives d’avenir plus équitables.


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