Les pluies du 4 octobre ont fait au moins deux morts et submergé des quartiers entiers de la capitale. Derrière le bilan, une réalité que les évaluations officielles ne mesurent jamais : les inondations aggravent les inégalités de genre.

Dimanche 4 octobre 2026, de fortes pluies ont inondé Grand-Yoff, les Parcelles Assainies, Hann Bel-Air, Pikine et Keur Massar. Aux Parcelles Assainies, une femme de 25 ans et son enfant de quatre ans sont morts dans l’effondrement d’un mur de leur concession inondée. Le lendemain, le premier ministre a annoncé le déclenchement d’un plan d’urgence régional.

Quand une maison est inondée, il faut mettre les enfants à l’abri, sauver les provisions, écoper, nettoyer, trouver de quoi cuisiner, soigner les malades. Dans la majorité des foyers sénégalais, ce travail revient aux femmes. Il n’apparaît dans aucun bilan des dégâts, alors qu’il représente des journées entières de labeur non payé.

Pour les commerçantes, les vendeuses de rue et les travailleuses de l’informel, la perte est double : plusieurs jours sans revenus, des marchandises détruites, parfois un capital patiemment constitué qui disparaît en une nuit, sans assurance ni indemnisation.

La pluie ne frappe pas tout le monde de la même façon. Le genre, les revenus, l’âge, le handicap et le quartier déterminent qui peut se protéger et qui peut reconstruire.

Rien de tout cela n’est une surprise. Chaque hivernage, les mêmes quartiers sont sous les eaux, malgré un plan décennal de lutte contre les inondations lancé en 2012. Cette répétition met en cause les choix d’urbanisation, d’assainissement et de prévention, bien plus que la météo.

Une réponse sérieuse doit intégrer les besoins des femmes : santé, sécurité dans les hébergements d’urgence, accès à l’eau potable, protection des moyens de subsistance.

Elle doit surtout leur donner une place là où se décident l’aménagement et la gestion des risques. Les femmes savent quelles maisons sont les plus exposées, quels trajets deviennent impossibles, quels besoins restent sans réponse. Ce sont elles qui organisent les solidarités de quartier. Cette expertise reste absente des politiques publiques.

Évacuer les eaux après la pluie ne suffit pas. La justice climatique passe par l’égalité : une ville où la sécurité ne dépend ni du quartier, ni des revenus, ni du genre. Une ville qui laisse une partie de ses habitantes vivre chaque année dans l’angoisse des pluies doit repenser ses priorités.

warkhatv

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