Elle est entrée dans l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais. Depuis novembre 2023, Pr Awa Traoré est la première femme agrégée des universités en économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et au Sénégal. Une consécration obtenue à l’issue du concours d’agrégation du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), tenu à Yaoundé, au Cameroun.
Cette distinction fait désormais de son parcours une référence pour les femmes qui évoluent dans le milieu académique et pour toutes celles qui aspirent à accéder aux plus hauts niveaux de l’enseignement supérieur. À travers cette réussite, Pr Awa Traoré ne signe pas seulement une performance personnelle : elle franchit une barrière symbolique et ouvre davantage la voie à d’autres femmes chercheures.
Désormais Professeure agrégée et Maître de Conférences titulaire, elle accueille cette consécration avec « beaucoup d’humilité, un immense plaisir, mais aussi une responsabilité ». Pour elle, cette réussite doit surtout servir d’exemple aux jeunes femmes qui souhaitent construire une carrière académique ambitieuse.
Son parcours, pourtant, n’a pas été linéaire. De Saint-Louis à Dakar, puis de l’Université Gaston Berger à l’Université d’Orléans en France, Awa Traoré a progressivement construit une carrière fondée sur le travail, la persévérance et l’excellence.
Une pionnière dans l’économie universitaire
À la FASEG, son nom restera désormais associé à une première historique : celui de la première femme agrégée en économie de cette faculté et, plus largement, de la première femme agrégée des universités en économie au Sénégal.
Cette réussite s’inscrit dans la continuité du combat silencieux mené par plusieurs femmes ayant contribué à faire progresser la représentation féminine dans l’enseignement supérieur. Elle vient notamment prolonger l’héritage de pionnières comme la regrettée Fatou Guèye Lefevre, première femme Maître de Conférences titulaire de la FASEG.
Pour Awa Traoré, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à porter un titre. Il s’agit aussi de montrer que les femmes peuvent atteindre les sommets de la recherche et de l’enseignement supérieur lorsqu’elles disposent des conditions nécessaires pour s’épanouir professionnellement.
« L’excellence dans la recherche n’a pas de frontière de genre », défend-elle.
Une trajectoire construite entre sciences et économie
Avant de devenir économiste, Awa Traoré avait pourtant pris une autre direction. Après son baccalauréat en série S2 au lycée Cheikh Oumar Foutiyou Tall, alors appelé lycée Faidherbe, elle est orientée en sciences physiques à l’UCAD.
Mais certaines difficultés rencontrées à Dakar l’amènent à reconsidérer son choix. Ayant également été sélectionnée en sciences économiques à l’Université Gaston Berger, elle décide de retourner à Saint-Louis.
Dix jours après son arrivée à Dakar, elle fait ainsi ses valises et rejoint l’UGB. Ce changement de trajectoire va finalement se révéler déterminant.
Sa formation initiale en sciences physiques lui sera particulièrement utile dans ses études économiques, notamment en économétrie. Elle se distingue rapidement dans cette discipline, au point de commencer à enseigner alors qu’elle est encore en DEA.
De major de promotion à professeure agrégée
Major de sa promotion en DEA à l’UFR des Sciences économiques et de gestion de l’UGB, Awa Traoré bénéficie ensuite d’une bourse de la coopération française pour poursuivre une thèse en cotutelle à l’Université d’Orléans, en France.
À son retour au Sénégal, elle multiplie les expériences professionnelles avant d’intégrer définitivement l’université. Elle effectue des vacations dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur, réalise des stages dans différentes structures et travaille pendant un an et demi à la DGPPE du ministère des Finances comme économiste.
En 2016, elle rejoint la FASEG.
Depuis, elle poursuit son activité d’enseignement et de recherche tout en assumant des responsabilités au Centre de recherches économiques appliquées (CREA), où elle participe aux programmes de recherche.
Une agrégation préparée avec un bébé de sept mois
Derrière cette première historique se trouve également une histoire personnelle faite de sacrifices et de résilience.
Awa Traoré a préparé et passé le concours d’agrégation alors qu’elle avait un enfant âgé de seulement sept mois. Les convocations très matinales, les séances préparatoires et les longues heures consacrées à la préparation du concours devaient être conciliées avec les responsabilités familiales.
Cette expérience nourrit aujourd’hui son plaidoyer en faveur d’un environnement professionnel plus flexible pour les femmes universitaires.
Elle estime que les responsabilités familiales peuvent parfois peser lourdement sur la carrière des chercheures. Une femme qui s’inquiète de la prise en charge de ses enfants peut difficilement mobiliser toute la concentration nécessaire pour écrire un article scientifique ou préparer un concours aussi exigeant que celui du CAMES.
Pour elle, améliorer les conditions de travail des femmes ne signifie donc pas diminuer les exigences académiques. Il s’agit plutôt de créer les conditions permettant aux femmes de donner le meilleur d’elles-mêmes.
Transformer une première en héritage
La consécration de Pr Awa Traoré prend ainsi une dimension qui dépasse sa propre carrière.
Elle souhaite voir davantage de femmes accéder aux grades les plus élevés de l’université et, à terme, investir les postes de responsabilité : direction, décanat, assesseurs et autres fonctions de gouvernance académique.
Son parcours montre surtout que les obstacles ne sont pas toujours insurmontables. Avec le soutien familial, l’accompagnement institutionnel, le mentorat et surtout la volonté, une femme peut concilier maternité, vie professionnelle et excellence académique.
Première femme agrégée des universités en économie à l’UCAD et au Sénégal, Pr Awa Traoré est désormais bien plus qu’une pionnière : elle est un symbole. Celui d’une génération de femmes qui peuvent, elles aussi, prétendre aux plus hauts sommets de l’université sénégalaise.


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