Des visuels appelant à « protéger l’excision » au Mali suscitent une question qui dépasse largement la seule dimension sanitaire : en 2026, comment peut-on encore voir des hommes se mobiliser pour défendre une pratique qui touche au corps des filles et des femmes, alors que les enjeux sont aussi ceux de leur liberté, de leur intégrité et de leur sexualité ?

Des affiches portant des messages tels que « Au Mali, oui à l’excision », « Nous voulons la protéger » ou encore « Ensemble, protégeons l’excision au Mali » ont provoqué des réactions. La présence d’hommes sur ces visuels interpelle particulièrement.

La question n’est pas de dire que les hommes n’ont pas leur place dans le débat. Ils ont, au contraire, un rôle important à jouer dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Mais une interrogation demeure : que choisissent-ils de défendre ?

En 2026, le contrôle du corps des femmes interroge

Les conséquences des mutilations génitales féminines sont connues et documentées. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les MGF n’apportent aucun bénéfice médical et peuvent avoir des conséquences physiques, psychologiques et sexuelles durables, notamment des douleurs pendant les rapports, une diminution du désir ou du plaisir sexuel et d’autres difficultés sexuelles.

Mais derrière ces conséquences se trouve également une question profondément féministe : pourquoi le corps et la sexualité des femmes doivent-ils encore être contrôlés par des normes imposées ?

Dans certains contextes, l’excision est présentée comme un moyen de préserver la virginité, de favoriser la fidélité conjugale ou d’empêcher les filles de « courir derrière les hommes ». Derrière l’argument de la « protection » peut ainsi se cacher une volonté de contrôler le comportement, le désir et la sexualité des femmes.

« Ne pas être frivole » : protéger ou contrôler ?

Certaines justifications reposent sur l’idée qu’une fille excisée serait plus « sage », plus fidèle ou moins susceptible d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage.

Mais de quelle protection parle-t-on lorsqu’il s’agit de modifier le corps d’une fille pour contrôler sa sexualité ?

La fidélité ne devrait pas être obtenue par la douleur. La dignité ne devrait pas être imposée par la mutilation. Et le respect ne devrait jamais dépendre du contrôle du corps féminin.

Le problème n’est donc pas seulement ce que l’on fait au corps des filles, mais aussi la norme qui sous-tend la pratique : une fille devrait être modifiée pour devenir conforme à ce que la société attend de sa sexualité.

Quand la sexualité féminine devient un territoire à contrôler

L’excision touche à des tissus génitaux sains et sensibles. Certaines formes de MGF impliquent notamment l’ablation du gland clitoridien, une partie particulièrement sensible impliquée dans le plaisir sexuel. Les conséquences peuvent inclure une diminution de la sensibilité et du plaisir, ainsi que des douleurs pendant les rapports.

Dès lors, comment peut-on parler de protection lorsque cette pratique peut réduire le bien-être sexuel et corporel d’une femme ?

Le plaisir sexuel des femmes fait partie de leur santé, de leur bien-être et de leur droit à disposer de leur corps.

Le plaisir d’une femme n’est pas un problème à corriger. Sa sexualité n’est pas une menace à contrôler.

Et les hommes dans tout cela ?

C’est ici que la présence d’hommes sur des affiches favorables à l’excision devient particulièrement interpellante.

En 2026, comment comprendre que des hommes puissent se mobiliser pour défendre une pratique dont l’une des justifications sociales est précisément de contrôler la sexualité des filles et des femmes ?

Il ne s’agit pas de condamner les hommes en tant que groupe, mais de questionner leur positionnement. Pourquoi ne pas mobiliser cette même énergie pour défendre l’intégrité physique des filles, leur liberté, leur santé et leur droit à une sexualité libre et épanouie ?

Les hommes peuvent être des alliés essentiels du changement : remettre en question les normes qui associent la « bonne » femme à une femme dont la sexualité est contrôlée et contribuer à construire des relations fondées sur le respect, le consentement et l’égalité.

Une question de droits, mais aussi de liberté

Les MGF sont reconnues internationalement comme une violation des droits humains des filles et des femmes et, lorsqu’elles sont pratiquées sur des enfants, comme une violation des droits de l’enfant.

La question ne devrait donc plus être de savoir comment préserver l’excision, mais comment protéger les filles contre une pratique qui peut porter atteinte à leur corps, leur santé, leur dignité et leur vie sexuelle.

La tradition peut être comprise et les normes sociales analysées. Les communautés doivent être accompagnées dans le changement. Mais aucune de ces considérations ne devrait conduire à faire du corps d’une fille le prix à payer pour préserver une norme sociale.

Protéger les filles, c’est respecter leur corps

En 2026, le véritable enjeu est de cesser de présenter le contrôle du corps féminin comme une forme de protection.

Une fille n’a pas besoin d’être mutilée pour être respectueuse. Une femme n’a pas besoin d’être privée de sa pleine intégrité sexuelle pour être fidèle. Et aucune communauté ne devrait avoir à contrôler le corps des filles pour préserver son identité.

Les hommes qui souhaitent réellement protéger les filles ont une place essentielle dans ce combat.

Les filles n’ont pas besoin que les adultes protègent l’excision. Elles ont besoin qu’ils protègent leurs droits.

Non à l’excision. Oui à l’intégrité, à la dignité et à la liberté des filles.

khady Ba

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