Les morts de Mame Diarra Sow à Thiès et d’Aminata Sy à Podor, rapportées durant le week-end des 24 et 25 octobre, rappellent l’urgence de protéger les femmes. Au-delà des enquêtes, la répétition de ces violences exige une réponse politique visible et des moyens concrets.

Mame Diarra Sow était coiffeuse. Aminata Sy était lycéenne. Avant de devenir des noms dans les rubriques judiciaires, elles avaient une vie, des projets et des personnes auxquelles elles comptaient. Leurs morts ne doivent pas disparaître derrière les récits consacrés aux hommes soupçonnés de les avoir tuées.

À Thiès, les informations publiées par Thièsinfo situent les faits dans la soirée du samedi 24 octobre, dans un appartement de Keur Massamba Guèye. Un homme présenté comme le compagnon de Mame Diarra Sow a été interpellé. Les policiers sont revenus sur les lieux le lendemain pour effectuer de nouvelles constatations. Les investigations doivent établir les circonstances précises et les responsabilités.

À Podor, le corps d’Aminata Sy, élève de terminale au lycée El Hadji Baba Ndiongue, a été découvert le dimanche 25 octobre au quartier Lao Demba, après sa disparition la veille. Selon Seneweb, un homme présenté comme son petit ami est recherché. Le média rapporte également l’intervention de la section de recherches de Saint-Louis en appui à la brigade de Podor. Ces éléments restent attribués à la presse, dans l’attente de précisions officielles.

La violence ne se justifie pas par la jalousie

Dans le traitement de ces affaires, les mots comptent. Parler de « jalousie » ou de « dispute qui dégénère » peut faire passer au second plan la violence exercée et donner l’impression d’un affrontement dont les deux personnes porteraient une responsabilité équivalente.

Aucune relation affective ne donne un droit de possession sur une femme. Ses choix, ses fréquentations, sa décision de rester ou de partir ne peuvent justifier une agression. Les accusations portées contre une victime par un suspect ne doivent pas devenir une explication admise de sa mort.

Une information rigoureuse doit établir les faits, respecter la présomption d’innocence et préserver la dignité des défuntes. Elle doit aussi examiner la dimension sexiste des violences, sans présenter comme établis des mobiles que les enquêtes n’ont pas encore éclaircis.

L’État doit rendre sa réponse visible

Face à la répétition de ces violences, le silence politique et l’absence de réponses publiques suffisamment lisibles deviennent eux-mêmes un sujet d’interpellation. Les familles ne devraient pas avoir à organiser une mobilisation pour que la mort de leur proche reste une priorité.

Dans ces deux affaires, les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que des alertes antérieures avaient été adressées aux autorités. Cette incertitude ne dispense pas les pouvoirs publics de rendre compte des dispositifs existants, de leur accessibilité et de leurs résultats.

Demander aux femmes de dénoncer les violences ne suffit pas si elles ne disposent pas de solutions pour se protéger. Quitter un domicile, engager une procédure ou se soustraire à une menace exige parfois un hébergement, des ressources et un accompagnement durable.

Les autorités doivent apporter des réponses précises sur l’accueil des signalements, l’évaluation des dangers, la mise à l’abri et le suivi judiciaire. Les associations qui accompagnent les victimes doivent également être reconnues et soutenues dans ce travail.

Selon le décompte des associations féministes, douze cas de féminicides ont été recensés au Sénégal depuis le début de l’année 2026. Douze vies interrompues qui exigent davantage que l’émotion : une réponse publique à la hauteur du droit des femmes à vivre en sécurité.

warkhatv

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