En ce 29 octobre, Journée mondiale de l’AVC, la prévention et la rapidité des soins restent essentielles. Au Sénégal, les inégalités d’accès à l’argent, aux services de santé et le poids du travail domestique invitent aussi à interroger la place des femmes, comme patientes et comme aidantes.

Face à un accident vasculaire cérébral, chaque minute compte. Pourtant, toutes les personnes malades ne disposent pas des mêmes moyens pour rejoindre rapidement un établissement adapté. Pour certaines femmes, l’urgence médicale peut se heurter à une dépendance financière ou à la nécessité de solliciter un proche avant de partir se faire soigner.

Une étude menée au CHU de Fann auprès de 56 patients victimes d’un AVC ischémique, entre janvier et juin 2020, documente cette difficulté. Le délai médian pour atteindre un établissement disposant d’une imagerie cérébrale était de huit heures et demie. Le fait d’être une femme était associé à une arrivée plus tardive. Publiés en 2022, ces résultats concernent un petit échantillon hospitalier et ne peuvent être étendus à toute la population sénégalaise. Ils constituent néanmoins un signal à prendre au sérieux.

Les auteurs évoquent notamment la dépendance économique de certaines patientes et l’attente d’une tierce personne pour décider du recours aux soins. Cette explication reste une hypothèse, mais elle pose une question concrète : comment garantir qu’une femme puisse être prise en charge immédiatement, quels que soient ses revenus ou sa situation familiale ?

Une prévention qui doit suivre les femmes tout au long de leur vie

L’AVC survient lorsqu’un vaisseau sanguin du cerveau se bouche ou se rompt. Il peut entraîner un décès ou des séquelles durables. L’hypertension artérielle en est le principal facteur de risque ; son dépistage et son traitement occupent donc une place centrale dans la prévention. Le diabète, le tabagisme et certaines affections cardiaques nécessitent également un suivi.

La grossesse et les suites de l’accouchement constituent des périodes de vigilance particulière. Bien que l’AVC reste rare pendant la grossesse, le risque augmente, notamment en présence d’hypertension ou de prééclampsie. Cette dernière est aussi associée à un risque accru d’AVC plus tard dans la vie.

La surveillance de la santé maternelle doit ainsi se poursuivre après la naissance. Plus largement, les femmes doivent pouvoir accéder à un suivi cardiovasculaire à tous les âges. Leur santé mérite une attention qui dépasse les consultations liées à la maternité.

Se soigner sans dépendre de la capacité financière des proches

Le coût constitue un autre obstacle. Une étude portant sur 291 patients hospitalisés à Fann entre juin 2016 et mai 2017 évaluait le coût direct hospitalier moyen d’un AVC à environ 451 000 FCFA. Ce chiffre ancien ne correspond pas à un tarif actuel. Il témoigne toutefois du poids que représentait déjà l’hospitalisation pour les patients et leurs familles.

Pour une patiente sans revenu personnel, la dépendance financière peut compliquer la poursuite des soins. Après l’urgence, il faut encore pouvoir financer les déplacements, les consultations et, selon les séquelles, la rééducation.

Une réponse féministe à cette maladie passe par une protection financière effective et des services accessibles. Elle implique aussi de préserver la parole et les choix des survivantes : avoir besoin d’assistance ne retire ni le droit de décider pour soi ni celui de participer à la vie sociale.

Le travail des aidantes doit devenir visible

L’accompagnement se prolonge souvent à domicile : toilette, repas, déplacements, rendez-vous et présence quotidienne. Ce travail doit être intégré à la réflexion sur la prise en charge.

Au Sénégal, l’Enquête nationale sur l’emploi du temps de 2021 établit que les femmes consacrent en moyenne cinq heures par jour aux activités non rémunérées, contre deux heures pour les hommes. Ces données ne concernent pas spécifiquement l’AVC, mais elles montrent l’inégale répartition du travail dans lequel s’inscrit l’aide aux proches.

Les services publics doivent prévoir un accompagnement des familles, des possibilités de relais et un soutien aux aidantes. Au sein des ménages, les hommes doivent également prendre leur part des soins quotidiens.

La lutte contre l’AVC engage ainsi des choix de santé publique : faciliter le dépistage, organiser l’accès rapide aux soins, rendre la rééducation abordable et mieux documenter les différences de parcours entre femmes et hommes. La disponibilité des femmes pour les autres ne peut tenir lieu de système de soins.

Reconnaître les signes et agir

Une faiblesse soudaine d’un côté du corps, un visage déformé, une difficulté à parler ou à comprendre, une perte brutale de vision ou d’équilibre, ou un mal de tête soudain et inhabituellement intense doivent alerter. Notez l’heure de début des symptômes et demandez immédiatement une aide médicale.

Au Sénégal, appelez le SAMU au 1515, numéro national gratuit pour les urgences médicales. Même si les symptômes disparaissent, une évaluation urgente reste nécessaire.

warkhatv

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