À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, une question mérite d’être posée : quelle place accordons-nous à la souffrance psychologique des femmes dans une société qui attend si souvent d’elles qu’elles soient fortes, patientes et disponibles pour les autres ?
Au Sénégal, les femmes portent de nombreuses responsabilités familiales, sociales et économiques. Entre les exigences de la maternité, les tâches domestiques, les difficultés financières, les pressions conjugales et les attentes de l’entourage, leur bien-être psychologique peut facilement passer au second plan. La fatigue devient une habitude, l’épuisement une preuve de courage et la souffrance quelque chose qu’il faudrait apprendre à supporter en silence.
Pourtant, derrière cette injonction permanente à tenir bon peuvent se cacher une détresse psychologique, des troubles anxieux, une dépression ou un épuisement profond qui méritent d’être reconnus et pris en charge.
Dans une société où l’endurance féminine est souvent valorisée, exprimer sa souffrance peut être perçu comme un manque de patience ou de force. Certaines femmes hésitent à parler de leurs difficultés par crainte du jugement, de l’incompréhension ou de la stigmatisation.
Les violences conjugales, les violences sexuelles, les mariages imposés, les difficultés économiques ou encore l’isolement social peuvent avoir des conséquences durables sur la santé mentale. Pourtant, ces réalités sont encore trop rarement abordées sous cet angle.
La santé mentale ne relève pas uniquement de la capacité individuelle à gérer ses émotions. Elle dépend aussi des conditions dans lesquelles les personnes vivent, travaillent, construisent leurs relations et exercent leurs droits.
Au Sénégal, l’accès à un accompagnement psychologique ou psychiatrique peut se heurter à plusieurs obstacles : le coût des consultations, l’éloignement des structures spécialisées, le manque d’information et les représentations sociales entourant les troubles mentaux.
Pour les femmes disposant de faibles revenus ou dépendant économiquement de leur entourage, consulter un professionnel peut devenir particulièrement difficile.
À ces obstacles s’ajoute parfois la peur d’être étiquetée ou rejetée. La souffrance psychique peut alors rester invisible jusqu’à ce qu’elle affecte profondément la vie quotidienne, les relations familiales ou la santé physique.
Améliorer la prise en charge suppose donc non seulement de développer les services de santé mentale, mais aussi de les rendre financièrement accessibles, confidentiels et adaptés aux réalités des femmes.
Pour l’édition 2026, l’Organisation mondiale de la santé met en avant le thème : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ».
Ce thème invite à reconnaître les personnes concernées comme des actrices et des acteurs de leur propre parcours de soins, mais également comme des partenaires dans l’élaboration des politiques de santé mentale.
Appliquée aux réalités des femmes sénégalaises, cette approche implique de prendre au sérieux leurs témoignages, leurs besoins et les obstacles qu’elles rencontrent. Les femmes ayant vécu une dépression, des troubles anxieux, des traumatismes ou d’autres difficultés psychiques doivent pouvoir participer aux réflexions sur les réponses à apporter.
Leur expérience ne doit pas seulement servir à illustrer les campagnes de sensibilisation. Elle doit contribuer à transformer les pratiques et les décisions.
Reconnaître la santé mentale comme un droit implique de dépasser les discours invitant simplement les femmes à prendre soin d’elles-mêmes. Encore faut-il qu’elles disposent du temps, des ressources, de la sécurité et des services nécessaires pour le faire.
Cela suppose de renforcer la prévention, de former davantage les professionnels de santé, de développer les dispositifs d’écoute et d’intégrer la santé mentale dans les réponses apportées aux violences basées sur le genre.
Cela suppose également de remettre en question les normes sociales qui font de
En cette Journée mondiale de la santé mentale, l’enjeu n’est donc pas seulement d’encourager la parole. Il est de créer les conditions pour qu’elle soit entendue, respectée et suivie d’actions concrètes.
Car prendre soin de la santé mentale des femmes, c’est aussi reconnaître leur droit au repos, à la dignité, à la sécurité et à une vie dans laquelle leur bien-être compte autant que celui des autres.


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