Chaque 1er octobre, le rose envahit l’espace public. Rubans, marches, campagnes en ligne : pendant un mois, le monde parle du cancer du sein. Mais derrière le symbole, une question demeure : au Sénégal, combien de femmes ont réellement accès au dépistage et aux soins à temps ?

Une campagne née aux États-Unis

Octobre Rose trouve ses origines aux États-Unis, au milieu des années 1980, avec l’organisation d’un premier mois national de sensibilisation au cancer du sein. Au début des années 1990, le ruban rose s’impose comme emblème de la lutte : en 1991, la fondation Susan G. Komen en distribue aux participantes d’une course à New York, avant que le symbole ne se diffuse dans le monde entier.

Depuis, octobre est devenu un rendez-vous international consacré à l’information, au dépistage précoce et au plaidoyer pour un meilleur accès au diagnostic et aux traitements.

Les signes qui doivent alerter

Le cancer du sein apparaît lorsque des cellules du sein se multiplient de façon anormale et incontrôlée jusqu’à former une tumeur. Détecté tôt, il se soigne beaucoup mieux.

Il faut consulter sans attendre en cas de :

  • boule ou épaississement dans le sein ou sous l’aisselle, même indolore ;
  • changement de taille ou de forme d’un sein ;
  • peau qui se creuse, rougit ou prend un aspect de « peau d’orange » ;
  • mamelon qui se rétracte ou change d’aspect ;
  • écoulement anormal du mamelon, surtout s’il est sanglant.

Une boule n’est pas forcément un cancer. Mais toute anomalie mérite un avis médical.

Autre idée reçue à combattre : « Il n’y a pas de cancer dans ma famille, donc je ne risque rien. » C’est faux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 80 % des cancers du sein surviennent chez des femmes qui ne présentent aucun facteur de risque particulier, en dehors du fait d’être une femme et de vieillir. Les hommes peuvent aussi être touchés, même si c’est rare.

Au Sénégal, une réalité lourde

Au Sénégal, le cancer du sein est un enjeu majeur de santé publique. Selon les dernières estimations du Centre international de recherche sur le cancer (GLOBOCAN 2024), le pays compte environ 2 220 nouveaux cas par an et plus de 1 000 décès. C’est le deuxième cancer le plus fréquent dans le pays, juste derrière le cancer du col de l’utérus. Autrement dit, les deux cancers qui frappent le plus au Sénégal touchent d’abord les femmes.

Derrière ces chiffres, il y a des parcours souvent semés d’obstacles : diagnostics tardifs, coût des examens et des traitements, centres spécialisés concentrés à Dakar, longues distances pour les femmes vivant en région. Il y a aussi la peur, le silence et la stigmatisation : la honte de parler de ses seins, la crainte d’une ablation, et parfois l’abandon par le conjoint ou l’entourage après le diagnostic.

Ces inégalités ne sont pas propres au Sénégal. Dans le monde, les chances de survivre à un cancer du sein dépendent fortement du pays où l’on vit : la survie à cinq ans atteint environ 90 % aux États-Unis, contre 66 % en Inde, et elle est souvent plus faible encore en Afrique subsaharienne, faute d’accès rapide au dépistage, au diagnostic et à des traitements complets.

Octobre Rose, au-delà du ruban

Porter un ruban rose rend la lutte visible. Mais Octobre Rose doit surtout servir à informer, à briser le tabou et à encourager chaque femme à consulter dès qu’un changement apparaît.Sensibiliser ne suffit pas. Il faut aussi que les femmes, quels que soient leurs revenus ou leur lieu de résidence, puissent accéder au dépistage, au diagnostic et aux soins sans attendre et sans se ruiner. La santé des femmes n’est pas une affaire de charité d’un mois : c’est un droit, qui engage les pouvoirs publics toute l’année.Parce qu’au bout du compte, Octobre Rose ne devrait pas seulement colorer le mois d’octobre. Il devrait contribuer à sauver des vies.

warkhatv

WarkhaTv est la première plateforme de production de contenus féministes au Sénégal.

View all posts