Le 21 juillet 1938 marque une date majeure dans l’histoire de l’éducation des filles en Afrique de l’Ouest. Ce jour-là naissait l’École normale des jeunes filles de Rufisque, un établissement qui allait devenir bien plus qu’une école : un véritable creuset de l’émancipation féminine et du leadership des femmes africaines.

À une époque où l’accès des filles à l’éducation restait limité, cette institution ouvrait une voie nouvelle. Si sa création répondait à la volonté de former des institutrices africaines pour l’administration coloniale, les femmes qui y sont passées ont largement dépassé ce cadre. Elles ont transformé le savoir reçu en un puissant levier d’affirmation, d’engagement et de changement social.

Placée sous la direction de Germaine Le Goff, l’école forma, entre 1938 et 1945, 360 enseignantes africaines. Son exigence intellectuelle et son engagement ont profondément marqué ses élèves. La journaliste et femme de lettres sénégalaise Annette Mbaye d’Erneville évoquera plus tard cette conviction insufflée par sa directrice : celle que l’Afrique attendait de ses filles qu’elles deviennent des bâtisseuses de leur avenir.

Pendant près de vingt ans, quelque 500 jeunes femmes y ont été formées. Beaucoup deviendront des figures incontournables de la vie politique, culturelle, éducative et sociale du continent.

Parmi elles figurent l’écrivaine Mariama Bâ, dont les œuvres continuent d’inspirer des générations de femmes africaines ; la journaliste Annette Mbaye d’Erneville, pionnière de la presse féminine au Sénégal ; Caroline Faye Diop, première femme députée du Sénégal ; Aminata Tall, grande figure de la vie politique sénégalaise ; Safi Faye, première réalisatrice d’Afrique subsaharienne reconnue à l’international ; ou encore Jeanne Martin Cissé, diplomate guinéenne et première femme africaine à présider le Conseil de sécurité des Nations unies.

L’établissement a également accueilli ou formé des personnalités telles que Fatou Djibo, militante féministe, Hadja Nima Bah, écrivaine et femme politique guinéenne, Jeanne de Cavally, écrivaine ivoirienne, Jeanne Gervais, femme politique ivoirienne, ainsi que Sira Diop, enseignante, syndicaliste et défenseure des droits des femmes. La poétesse sénégalaise Ndèye Coumba Mbengue Diakhaté y a également enseigné, contribuant à transmettre aux élèves le goût de la littérature et de l’engagement.

L’héritage de l’École normale de Rufisque dépasse largement les murs de ses salles de classe. Elle a démontré que l’éducation des filles constitue un puissant moteur de transformation sociale. Les femmes qui en sont sorties ont brisé les plafonds de verre, investi des espaces longtemps réservés aux hommes et ouvert la voie aux générations suivantes.

Près de neuf décennies après sa création, cette école demeure un symbole de la capacité des femmes africaines à diriger, créer, enseigner, écrire et influencer les grandes décisions de leur époque. Son histoire rappelle que chaque fille qui accède à l’éducation acquiert non seulement un savoir, mais aussi le pouvoir de transformer sa vie, sa communauté et son pays.

L’École normale des jeunes filles de Rufisque n’a pas seulement formé des institutrices. Elle a fait émerger une génération de pionnières dont les combats et les réalisations continuent d’inspirer les jeunes Africaines à croire en leur potentiel et à revendiquer pleinement leur place dans toutes les sphères de la société.

khady Ba

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