Plusieurs organisations féministes et féminines sénégalaises sont montées au créneau après une conférence de presse tenue le 16 février 2026 par l’organisation And Saam Jiko Yi, au cours de laquelle la ratification du Protocole de Maputo par l’État du Sénégal a été remise en question.

Dans une déclaration rendue publique, les organisations signataires estiment que les propos tenus participent d’une « instrumentalisation » d’un texte juridique africain exclusivement consacré aux droits des femmes et des filles.

Un instrument juridique africain ratifié sans réserve

Adopté en 2003 par l’Union africaine, le Protocole de Maputo, officiellement intitulé Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, constitue l’un des instruments juridiques régionaux les plus avancés en matière de protection des droits des femmes.

Le Sénégal l’a ratifié en 2004, sans émettre de réserve.

Le texte encadre notamment :

  • le droit à la santé, y compris la santé reproductive ;
  • la protection contre les violences ;
  • l’égalité devant la loi ;
  • la participation politique des femmes ;
  • la justice sociale et économique.

Les organisations signataires rappellent que le protocole « n’a aucun lien avec la question de l’homosexualité » et dénoncent toute tentative d’amalgame qu’elles qualifient de « manipulation préjudiciable au débat public ».

Une inquiétude face à la désinformation

Dans leur prise de position, les collectifs féministes alertent sur ce qu’ils considèrent comme une stratégie récurrente de désinformation visant à fragiliser les acquis en matière de droits des femmes.

Selon elles, détourner l’attention vers des débats qui ne relèvent pas du champ normatif du protocole revient à éluder les véritables enjeux : la lutte contre les violences patriarcales, les discriminations structurelles et les inégalités persistantes auxquelles sont confrontées les femmes au Sénégal et sur le continent.

Appel à un débat fondé sur le droit

Les organisations appellent les autorités publiques, les leaders d’opinion et les médias à s’appuyer sur une lecture juridique rigoureuse du texte et à privilégier un débat fondé sur des faits.

Elles demandent également que la ratification du Protocole de Maputo soit accompagnée de mesures concrètes garantissant son application effective.

Au-delà de la controverse actuelle, cet épisode remet en lumière les tensions persistantes autour des droits des femmes au Sénégal et la nécessité, selon les organisations féministes, de préserver les instruments juridiques africains qui visent leur protection.

Organisations signataires :

  1. Le Collectif des Féministes du Sénégal
  2. Ligue des Soignantes Sénégalaises pour l’accès aux soins humanisés
  3. Collectif Autorité parentale partagée
  4. Association Femmes Actives
  5. Collectif JAMA
  6. Sénégal Actions Féministes
  7. Plateforme Juridique pour l’égalité et la justice sociale
  8. Collectif Dafadoy
  9. JGEN Sénégal
  10. Le Réseau des Féministes du Sénégal
  11. Association Molaadé
  12. Task Force – Comité de plaidoyer sur la santé de la reproduction des femmes et des filles pour leurs droits à la vie

warkhatv

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