Sous couvert de traditions mystiques et de pratiques dites thérapeutiques, de nombreuses jeunes filles continuent de subir des violences physiques et psychologiques, souvent dans le silence des familles et des communautés. Entre croyances, vulnérabilité sociale et absence d’encadrement, certains individus exploitent la détresse des parents pour imposer des rituels aux conséquences parfois dramatiques.
C’est dans ce contexte que le tribunal de Mbour a jugé trois couples de ressortissants nigériens poursuivis pour exercice illégal de la pharmacie et mise en danger de la vie d’autrui. Les faits remontent au 23 janvier dernier à Diass.
Selon les éléments exposés à l’audience et rapportés par L’Observateur, les six prévenus sillonnaient le département en se présentant comme guérisseurs. Ils auraient convaincu une veuve, vendeuse de poisson résidant à Samekedji, que sa fille adolescente était « possédée par des djinns ».
Un rituel aurait alors été proposé contre la somme de 500 F CFA. À la barre, il a été indiqué que l’un des prévenus aurait utilisé une grande feuille recouverte d’inscriptions en caractères arabes ainsi que du sable prélevé dans la cour familiale. La feuille aurait été posée sur la tête de l’adolescente tandis que d’autres membres du groupe lui massaient le corps à l’aide de talismans. À l’issue du rituel, les accusés auraient affirmé que le sable avait noirci, y voyant la manifestation de « mauvais esprits ».
Pour achever le « traitement », une somme supplémentaire de 3 000 F CFA aurait été exigée.
Peu après le départ des guérisseurs présumés, l’état de la jeune fille se serait brutalement détérioré. Elle aurait été prise d’une crise violente, allant jusqu’à déchirer ses vêtements et ingérer du sable. À son réveil, elle aurait perdu l’usage de la parole, un trouble qui persisterait encore.
Alertés par la situation, des proches se sont lancés à la poursuite des six individus, qui ont été interpellés avant d’être conduits à la brigade de gendarmerie de Diass. Une plainte a été déposée par la mère de l’adolescente.
À la barre, les prévenus ont reconnu avoir administré des « soins », tout en niant toute responsabilité dans l’état actuel de la victime.
L’audience a été particulièrement émouvante lorsque l’adolescente, présente au tribunal, a tenté de s’exprimer par gestes, suscitant une vive émotion dans la salle.
Le parquet a dénoncé des pratiques assimilables à du « charlatanisme criminel » et requis deux ans d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 500 000 FCFA contre chacun des prévenus. Le jugement a été mis en délibéré.
Au-delà de cette affaire, le dossier relance le débat sur la protection des jeunes filles face à certaines pratiques traditionnelles dévoyées, ainsi que sur la nécessité de renforcer la sensibilisation et le contrôle contre les dérives liées au faux mysticisme.


Add comment