Le 18 janvier 2026, à Rabat, au Maroc, des milliers de Sénégalais avaient traversé frontières et mers pour soutenir fièrement les Lions de la Téranga en finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 face au pays organisateur. Ce qui devait être une célébration mémorable de l’unité africaine et de la passion sportive s’est malheureusement transformé, pour certains, en une épreuve judiciaire éprouvante.
Au terme d’un match intense, chargé d’émotions et de tensions, des incidents ont éclaté dans les tribunes et aux abords du stade. Dans la confusion qui a suivi, dix-huit supporters sénégalais ont été interpellés. Depuis ce soir-là, ils vivent une réalité bien éloignée des chants et des drapeaux : celle de la détention, loin de leur patrie.
Les semaines qui ont suivi ont été longues et douloureuses. Séparés de leurs familles, confrontés à un système judiciaire étranger, certains affirment ne pas avoir pleinement compris les accusations portées contre eux. Pour leurs proches, l’attente du verdict a été synonyme d’angoisse, d’incompréhension et d’un profond sentiment d’injustice.
À Dakar, l’émotion reste vive. Dans les quartiers, dans les foyers, dans les cercles de supporters, une même conviction revient : ces hommes ne sont pas des criminels aguerris, mais des citoyens animés par l’amour de leur nation et de leur équipe. Leur tort, selon beaucoup, aurait été d’avoir laissé parler une passion débordante dans un contexte de forte tension.
La Fédération Sénégalaise de Football a d’ailleurs qualifié la décision de justice de « sévère » et « disproportionnée », estimant que la sanction ne reflète ni les circonstances ni le rôle essentiel que jouent les supporters dans la vitalité du football africain. Pour l’instance, la ferveur populaire ne devrait jamais être assimilée, sans nuance, à une intention criminelle.
Depuis, des élans de solidarité se multiplient. Des campagnes citoyennes voient le jour pour sensibiliser l’opinion publique. Une marche pacifique est annoncée dans la capitale sénégalaise afin de réclamer clémence et réexamen du dossier. Le message porté par les organisateurs est clair : le football doit rester un vecteur de fraternité et non devenir une source de division et de souffrance.
Dans certaines familles, la douleur s’exprime par des gestes forts : appels à la mobilisation, journées de prière, voire annonces de grève de la faim. Au-delà des débats juridiques, c’est un cri du cœur qui s’élève , celui de proches qui estiment ne pas avoir été suffisamment entendus.
Cette affaire pose une question essentielle : comment concilier la nécessaire application de la loi avec la compréhension humaine des débordements liés à l’émotion sportive ? Le supporter est souvent considéré comme le « douzième homme ». Peut-on alors ignorer le contexte passionnel dans lequel ces incidents se sont produits ?
Aujourd’hui, l’espoir d’un jugement plus équitable et d’un traitement empreint de dignité demeure. Bien au-delà des frontières sénégalaises, cette situation interpelle et rappelle que derrière chaque dossier judiciaire se trouvent des vies, des familles et une nation entière suspendue à la quête de justice.


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