À Dakar, le Centre hospitalier Abass Ndao place la santé des femmes au cœur d’un combat trop longtemps relégué au silence. Lors d’un point de presse, l’établissement a présenté un programme de prise en charge gratuite des survivantes de mutilations génitales féminines (MGF), combinant chirurgie réparatrice, suivi médical et accompagnement psychosocial. Une initiative sanitaire, mais aussi profondément politique : reconnaître que les MGF sont une violence faite aux femmes et que leur réparation est un droit.
Une pratique criminalisée, une réalité persistante
Au Sénégal, les mutilations génitales féminines sont interdites par la loi depuis 1999. Le Code pénal punit toute atteinte à l’intégrité des organes génitaux féminins, avec des sanctions aggravées lorsque des professionnel·les de santé sont impliqué·es ou lorsque la mutilation entraîne la mort.
Mais le droit, à lui seul, ne suffit pas à protéger les corps.
Des milliers de femmes vivent encore avec des séquelles physiques, sexuelles et psychologiques, conséquences directes d’une pratique enracinée dans des normes sociales qui contrôlent le corps des filles au nom de la tradition, de l’honneur ou de la moralité.
Soigner sans juger, réparer sans exposer
Face à cette violence structurelle, Abass Ndao adopte une approche globale. Le programme propose :
- la chirurgie réparatrice des séquelles des MGF
- un suivi gynécologique et obstétrical
- un accompagnement psychosocial confidentiel
Pour l’équipe médicale, il s’agit non seulement de traiter des complications, mais aussi de redonner aux survivantes une autonomie corporelle et une dignité souvent confisquées.
Le professeur Demba Diédhiou, directeur de l’hôpital, a officiellement lancé la 3ᵉ édition du Programme de réparation chirurgicale, organisée du 2 au 6 février, en partenariat avec l’Assistance publique–Hôpitaux de Marseille. Des spécialistes internationaux collaborent avec des équipes sénégalaises issues de plusieurs disciplines médicales.
« La prise en charge ne se limite pas à la chirurgie. Elle englobe également les aspects médicaux et surtout psychosociaux », a-t-il souligné.
Cette édition accorde une place importante au renforcement des capacités des professionnel·les de santé : prise en charge psychosociale, échographie, maintenance des équipements biomédicaux.
Un colloque scientifique vient prolonger les activités, réunissant praticien·nes, ministères, agences onusiennes et organisations de la société civile. L’enjeu dépasse le bloc opératoire :
comment agir en amont, dans les communautés, les écoles et les espaces associatifs, pour empêcher que d’autres filles ne subissent ces violences ?
Pour la professeure Anna Sarr, cette approche intégrée est essentielle. La réparation doit aller de pair avec la prévention, car mettre fin aux MGF exige de transformer les rapports sociaux de genre qui légitiment le contrôle du corps des femmes.
Un centre de référence, un engagement durable
Soutenu par des partenaires nationaux et internationaux, l’hôpital ambitionne de devenir un centre régional de référence. Les femmes inscrites bénéficieront d’un suivi médical et psychosocial à long terme, bien au-delà de la campagne ponctuelle.
Au-delà du soin : une question de droits
À Abass Ndao, le message est clair :
les mutilations génitales féminines ne relèvent ni de la culture ni du fatalisme. Elles relèvent de la violence basée sur le genre.
Réparer les corps, c’est reconnaître un tort.
Accompagner les survivantes, c’est restaurer une dignité.
Prévenir les MGF, c’est affirmer un principe fondamental :


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