Entre dégradation environnementale, pollution des cours d’eau et gouvernance contestée, l’exploitation minière au Sénégal, notamment dans la région de Kédougou, continue de susciter une vive inquiétude. Réunis lors d’une rencontre organisée par des organisations de défense des droits humains et de l’environnement, experts, militants et représentants communautaires ont tiré la sonnette d’alarme face à un modèle extractif jugé destructeur pour les écosystèmes et dangereux pour la santé des populations locales.
Par Justin GOMIS – À Kédougou, l’or brille, mais son exploitation laisse derrière elle un paysage profondément meurtri. L’intensification des activités minières, qu’elles soient industrielles ou semi-mécanisées, a entraîné une déforestation massive et une perturbation durable de la biodiversité. L’usage répété d’explosifs fragilise les sols, effraie la faune et expose les riverains à des nuisances permanentes.
Pour Oumar Diao, président de l’organisation Alerte Kédougou, la situation est devenue critique : « La mécanisation de l’orpaillage traditionnel a transformé la forêt en un champ de ruines. Pour un seul site d’extraction, des dizaines d’arbres disparaissent. C’est un véritable carnage écologique. »
Au cœur des préoccupations figure également la pollution du fleuve Falémé, vital pour les populations riveraines. Bien qu’un décret interdise toute activité minière à proximité immédiate des cours d’eau, les pratiques illégales persistent, entraînant une contamination inquiétante des ressources hydriques, essentielles à l’agriculture et à la consommation humaine.
Appels pressants à une réforme du cadre légal
Face à cette situation, les acteurs de la société civile exigent une réaction ferme de l’État. Ils plaident pour une harmonisation effective entre le Code minier, le Code de l’environnement et le Code des collectivités territoriales. Selon eux, l’absence de cohérence juridique favorise les abus et limite les capacités de contrôle.
La décentralisation est également présentée comme une solution clé. Le transfert réel de compétences aux collectivités locales permettrait un meilleur suivi des activités minières et garantirait que les retombées économiques profitent davantage aux communautés affectées, tout en assurant la protection de leur environnement.
Transparence, participation et justice environnementale en question
Sur le plan social, les critiques sont tout aussi sévères. Mouhamadou Diop, chargé de campagne à Greenpeace Afrique, dénonce un déficit de démocratie participative : « Les consultations publiques sont souvent symboliques. Les études d’impact environnemental sont rédigées dans un langage inaccessible aux populations locales, ce qui empêche tout consentement éclairé. »
L’opacité entourant certains incidents industriels alimente également la défiance. Des cas récents de pollution, dont des fuites non signalées à temps, soulignent la dépendance du Sénégal à des expertises étrangères pour évaluer et gérer les risques environnementaux majeurs.
Le constat dressé par les participants est sans appel : sans transparence, sans contrôle indépendant et sans implication réelle des populations, l’exploitation minière risque de compromettre durablement l’équilibre écologique et social des régions concernées.
Le quotidien


Add comment