À Keur Massar, une violente dispute conjugale a tourné au drame. Lors d’une altercation nocturne, Une femme , quadragénaire, se serait agrippée aux parties génitales de son mari. Sous l’effet de la douleur, ce dernier l’a repoussée, provoquant sa chute et un choc contre un meuble. La victime est décédée d’un traumatisme crânien, selon le médecin légiste. Et puis son mari a été placé en garde à vue pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et a été déféré au parquet à l’issue de l’enquête.
Au-delà des circonstances immédiates, ce fait divers s’inscrit dans une réalité bien plus large : celle des violences faites aux femmes, encore banalisées, encore tolérées, encore reléguées au rang de « problèmes de ménage ». Chaque fois qu’une femme meurt sous les coups de son compagnon, la société s’indigne… quelques heures. Puis le silence retombe, lourd, familier, presque confortable. Les violences faites aux femmes, pourtant omniprésentes, restent traitées comme des incidents isolés, des “drames conjugaux”, des disputes qui auraient mal tourné. La réalité est tout autre : ce sont des violences structurelles, ancrées dans un système où les femmes demeurent moins écoutées, moins protégées, moins crues.
Les faits divers récents nous rappellent brutalement que l’espace domestique, censé être un lieu de sécurité, est pour beaucoup de femmes un territoire hostile. On ne compte plus les alertes ignorées, les plaintes retirées par peur, les agressions minimisées par l’entourage, les violences normalisées par la culture de la honte. Tant que la société persistera à considérer ces drames comme des affaires « privées », elle demeurera complice d’un cycle mortifère.
Les violences conjugales ne surgissent pas par hasard. Elles s’enracinent dans des rapports de domination où l’homme conserve trop souvent le dernier mot : sur la parole, sur le corps, sur la liberté de l’autre. Derrière chaque acte violent, il y a un contexte , celui d’une société qui apprend aux femmes à endurer et aux hommes à contrôler. Tant que nous n’affronterons pas cette réalité, les chiffres continueront de grimper, et les morts de s’accumuler dans l’indifférence.
Il est urgent de repenser nos réponses. Il faut cesser d’expliquer la violence par la colère, l’alcool, la jalousie ou la « provocation ». Rien ne justifie un coup. Rien ne justifie une domination. Rien ne justifie qu’une femme perde la vie au sein même de son foyer.
Ce qu’il faut, c’est une protection réelle : des dispositifs accessibles, des forces de l’ordre formées, des refuges dignes, et surtout une volonté politique forte de considérer les violences faites aux femmes comme une priorité nationale.
Mais la loi ne suffit pas. La société tout entière doit revoir sa manière de parler de ces violences, de les percevoir, de les dénoncer. Tant que la honte pèsera sur les victimes et non sur les agresseurs, tant que les femmes hésiteront à parler par peur de ne pas être crues, le système restera défaillant.
Lutter contre les violences faites aux femmes, ce n’est pas défendre une cause parmi d’autres. C’est défendre le droit fondamental d’exister sans peur. C’est affirmer, collectivement, qu’aucune femme n’est de trop, qu’aucune femme n’a à mourir parce qu’un homme a voulu imposer sa force, son contrôle, ou son silence.
Le véritable progrès ne se mesurera pas au nombre de discours, mais au nombre de vies sauvées. Et tant que les violences perdureront, c’est toute la société qui restera en échec.
En attendant que justice suive son cours, ce drame doit servir de signal d’alarme. Il ne s’agit pas d’un « incident familial », mais d’un féminicide potentiel, symptôme d’un système qui ne protège pas suffisamment les femmes. Keur Massar n’est pas une exception : il devient urgent que chaque institution, chaque communauté et chaque citoyen prenne conscience de la gravité des violences conjugales et agisse pour que plus aucune femme ne perde la vie au sein même de son foyer.

source/senews

khady Ba

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