La drépanocytose continue de fragiliser des milliers de vies au Sénégal et à travers l’Afrique. Maladie génétique redoutable, elle emporte encore trop d’enfants avant même leur cinquième anniversaire.
Mais une étape historique vient d’être franchie : pour la première fois, un médicament clé dans la prise en charge de cette pathologie, “Drepaf”, est désormais produit et formulé localement par Teranga Pharma.
À l’origine de cette avancée majeure : le Dr Mouhamadou Sow, pharmacien engagé et acteur déterminé du développement de l’industrie pharmaceutique nationale. Dans cet entretien accordé à WarkhaTV, il revient sur la genèse du projet, ses innovations et les perspectives qu’il ouvre pour le Sénégal et l’Afrique.
Comment est née l’idée de produire localement un médicament contre la drépanocytose ?
Dr Mouhamadou Sow :
Chaque année en Afrique, près de 400 000 bébés naissent avec la drépanocytose. Plus de la moitié d’entre eux n’atteindront pas l’âge de 5 ans. Le principal obstacle reste l’accès au traitement, qui est entièrement à la charge des familles.
Moins de 1 % des patients africains bénéficient de l’hydroxyurée, pourtant reconnue pour réduire significativement les crises, les hospitalisations, les AVC et la mortalité.
Face à l’absence de forme pédiatrique adaptée, à l’indisponibilité du médicament et à son coût élevé, Teranga Pharma a décidé d’agir. En collaboration avec l’ONG Drep Afrique, nous avons développé une nouvelle formulation générique d’hydroxyurée : “Drepaf”, qui sera distribué à prix coûtant au Sénégal.
Drep Afrique a déjà formé plus de 300 professionnels de santé africains pour améliorer la prise en charge de la maladie. Notre ambition est désormais d’étendre le modèle “Drepaf” à prix coûtant à l’ensemble des pays africains afin de sauver davantage de vies.
Nous produisons deux dosages — 100 mg et 500 mg — pour répondre aux besoins des 12 millions de drépanocytaires africains, réduire le coût du traitement et améliorer leur qualité de vie.
En quoi cette production locale constitue-t-elle une innovation et quel impact peut-elle avoir sur l’économie nationale ?
Dr Mouhamadou Sow :
La première innovation est la formulation pédiatrique. Elle n’existait pas au Sénégal auparavant. Utilisée depuis neuf mois, elle a démontré une excellente stabilité avec les aliments locaux et une bonne solubilité dans les liquides (eau, bissap, biberon…) et semi-liquides (yaourt, bouillie, etc.), ce qui facilite l’observance chez l’enfant.
La deuxième innovation est sociale : Teranga Pharma a volontairement renoncé à sa marge pour rendre le traitement accessible. Un enfant de 5 ans peut désormais bénéficier de son traitement pour environ 1 500 FCFA par mois.
Troisièmement, le conditionnement mensuel a été optimisé :
- “Drepaf” 100 mg : boîte de 90 gélules
- “Drepaf” 500 mg : boîte de 60 gélules
Enfin, le médicament est disponible sur toute l’étendue du territoire sénégalais grâce aux quatre grossistes répartiteurs nationaux.
Sur le plan économique, cette production locale renforce la souveraineté pharmaceutique du Sénégal, réduit la dépendance aux importations et contribue au développement industriel national.
En tant que professionnel de santé, quel a été votre ressenti lors de la validation du médicament ?
Dr Mouhamadou Sow :
Les 700 actionnaires de Teranga Pharma, dont 90 % sont des pharmaciens et des médecins, ont fait le choix courageux de prendre en main le destin pharmaceutique du Sénégal.
Pour moi, en tant que pharmacien et défenseur de la souveraineté sanitaire, la validation de “Drepaf” représente un premier jalon important dans la prise en charge des maladies chroniques longtemps négligées.
“Drepaf”, c’est avant tout une lueur d’espoir. L’espoir pour ces enfants drépanocytaires qui pourront désormais grandir, aller à l’école, accéder à un emploi digne et aspirer à une vie normale.
C’est aussi une grande fierté d’avoir contribué à améliorer la qualité de vie des patients, mais également celle des adultes drépanocytaires actifs, en réduisant leur taux d’absentéisme et en renforçant leur productivité.


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