Présentant sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Amine Lo a réaffirmé la volonté de son Gouvernement de maintenir le cap fixé par le référentiel Sénégal 2050, tout en annonçant une nouvelle méthode dans la conduite et la coordination des politiques publiques. Le Gouvernement entend ainsi articuler redressement économique, amélioration des conditions de vie, équité territoriale et consolidation de la souveraineté nationale.

La feuille de route gouvernementale repose sur quatre grandes orientations : les défis à surmonter, la poursuite du redressement du pays, la mise en œuvre de projets catalytiques avec un secteur privé renforcé et une nouvelle méthode fondée sur l’intelligence collective.

Redressement des finances publiques et traitement de la dette

Le premier axe mis en avant concerne le redressement des comptes publics. Le Gouvernement fait état d’une dette du secteur public consolidée estimée à environ 132 % du PIB à fin 2024, soit plus de 23 500 milliards de FCFA, tandis que le déficit de l’exercice a été réévalué à 13,7 % du PIB. En 2025, la croissance hors hydrocarbures est annoncée à 2,2 %, avec un déficit budgétaire ramené à 6,4 %.

Dans ce contexte, l’Exécutif entend poursuivre le Plan de Redressement Économique et Social « Jubbanti Koom » et renforcer la mobilisation des ressources domestiques. À fin août 2026, les recettes domestiques, notamment fiscales, étaient évaluées à 172,5 milliards de FCFA pour un objectif de 303,3 milliards, soit un taux de réalisation de 56,9 %.

Le Gouvernement prévoit également de poursuivre le traitement de la dette publique. Son objectif est notamment d’allonger les maturités et de réduire le coût moyen de la dette afin de la replacer sur une trajectoire jugée viable. Le Plan de traitement de la dette doit également préserver la stabilité du système bancaire et financier de l’UEMOA.

Un nouvel accord avec le FMI axé sur la stabilité et la croissance

La DPG revient également sur les relations avec le Fonds monétaire international. Le document indique que les discussions autour d’un nouveau programme ont abouti, le 1er septembre 2026, à un accord technique avec les services du FMI.

Selon la déclaration, cet accord vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, accroître les dépenses sociales et soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé.

Le Gouvernement affirme par ailleurs que les principales mesures envisagées dans le cadre du programme sont déjà inscrites dans l’Agenda Sénégal 2050 et le programme présidentiel, notamment la mobilisation des recettes, le ciblage des subventions, la protection sociale, la rationalisation des dépenses publiques et une gestion plus efficiente de la dette.

Réforme des subventions énergétiques et protection des ménages vulnérables

La réforme des subventions constitue un autre point important de la DPG. Le Gouvernement annonce une réduction progressive, prévisible et différenciée de la charge des subventions énergétiques, accompagnée de mécanismes de protection ciblés.

L’objectif affiché est de ramener, d’ici 2029, le coût total des subventions énergétiques à un niveau ne dépassant pas 1 % du PIB par an. Le gaz butane destiné aux usages domestiques doit être préservé, tandis que la subvention à l’électricité doit être davantage ciblée sur les faibles consommations des ménages et les petits professionnels.

Des investissements davantage orientés vers l’emploi

Le Gouvernement veut également faire des investissements publics et privés des leviers de création d’emplois. La DPG évoque un potentiel global de 1,52 million d’emplois à l’horizon 2029, avec notamment 113 500 emplois dans les coopératives agricoles communautaires, 60 000 dans la pêche artisanale et l’économie bleue, 50 000 dans le logement abordable et 45 000 dans les agropoles.

D’autres secteurs sont également identifiés comme des gisements d’emplois : les industries culturelles et créatives, les filières lait et aviculture, l’aquaculture ainsi que les énergies renouvelables. Le Gouvernement souhaite que chaque projet de l’Agenda Sénégal 2050 devienne une plateforme de formation, d’insertion et de création de valeur.

Par ailleurs, le recyclage d’actifs doit constituer un levier du financement de l’économie. L’État prévoit de transférer au FONSIS des actifs marchands ou à potentiel marchand pour 1 000 milliards de FCFA, avec l’ambition de mobiliser près de 5 000 milliards de FCFA de capitaux, principalement privés, et de générer 200 000 emplois à travers les projets catalytiques.

Pouvoir d’achat, alimentation et logement au centre des préoccupations

La DPG place également l’amélioration des conditions de vie au cœur de l’action gouvernementale. Le Gouvernement annonce vouloir mesurer son action à travers des indicateurs concrets : coût du panier de consommation, poids de l’alimentation, du logement, de l’énergie, du transport, de la santé et de l’éducation dans le revenu des ménages, mais aussi création d’emplois et accès aux services publics.

Sur le logement, le déficit est estimé à 500 000 unités, avec une ambition de livrer au moins 30 000 logements effectivement occupés par an. Le Gouvernement prévoit également de porter progressivement de 56 % à 75 % la proportion de Sénégalais vivant dans un habitat décent.

Éducation : infrastructures, numérique et recrutement d’enseignants

Dans le secteur éducatif, plusieurs objectifs sont annoncés, dont la suppression des abris provisoires, la construction de 12 LYNAQE, de 15 000 salles de classe connectées et de 45 Espaces numériques ouverts.

La déclaration prévoit également la poursuite de la réforme curriculaire, le développement des STEM, du bilinguisme, des langues nationales, de la transformation numérique et l’intégration des daaras. Après le recrutement de 4 980 enseignants en 2025, un programme spécial de 2 527 recrutements doit être lancé au plus tard au quatrième trimestre 2026.

Santé : renforcer l’offre de soins dans les territoires

La santé figure également parmi les priorités. Le Gouvernement relève une forte concentration des ressources sanitaires à Dakar et annonce le renforcement des urgences, maternités, services de pédiatrie, chirurgie et télémédecine sur l’ensemble du territoire.

La construction et la rénovation d’hôpitaux, de centres et de postes de santé doivent contribuer au relèvement des plateaux techniques. Sur la période 2026-2034, le Gouvernement prévoit également de renforcer la couverture sanitaire universelle et l’assurance maladie obligatoire, d’actualiser la carte sanitaire et de déployer le Dossier Patient Informatisé ainsi que l’Observatoire de la santé.

L’équité territoriale comme priorité

La territorialisation des politiques publiques constitue un autre axe majeur. Le Gouvernement souhaite réorienter l’investissement public vers les territoires encore confrontés à des déficits en matière de routes, d’eau, d’électricité, de soins, de formation et d’équipements de base.

La stratégie prévoit l’organisation du pays autour de huit pôles territoriaux, avec un déploiement progressif notamment dans les pôles Sud, Centre et Nord. Le Plan Diomaye pour la Casamance doit également faire l’objet d’un pilotage renforcé, tandis qu’une réunion interministérielle est annoncée en octobre 2026 pour définir les orientations du Plan Diomaye pour le Sénégal oriental.

Souveraineté économique et transformation des ressources

La souveraineté constitue enfin l’un des piliers de la feuille de route. Le Gouvernement entend faire du pétrole, du gaz et des ressources minières des leviers de transformation économique plutôt que de simples produits d’exportation.

La DPG annonce notamment une montée en puissance du gaz national dans la production électrique et une volonté de développer davantage la transformation locale des ressources extractives afin de renforcer les capacités productives, les compétences et les infrastructures.

Sur le plan culturel, la souveraineté doit également passer par la protection du patrimoine et le développement des industries culturelles et créatives. Le Gouvernement prévoit notamment d’accompagner au moins 865 entreprises créatives entre 2027 et 2029.

Une méthode fondée sur le résultat et l’intelligence collective

Au-delà des mesures sectorielles, le Premier ministre insiste sur un changement de méthode. Le Gouvernement entend conserver le cap du Sénégal 2050 tout en renforçant l’efficacité et la célérité dans la mise en œuvre des politiques publiques. La DPG met notamment l’accent sur le passage d’une logique de dépense à une logique de résultat et d’impact, la participation citoyenne, l’équité et une administration moderne et performante.

Ainsi, la Déclaration de politique générale présente une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités : assainissement des finances publiques, traitement de la dette, réforme des subventions, emploi, pouvoir d’achat, éducation, santé, logement, équité territoriale et souveraineté économique. Le Gouvernement affirme vouloir mesurer son action à l’aune des résultats concrets obtenus dans la vie quotidienne des Sénégalais.

khady Ba

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