Dans l’univers de la mode sénégalaise, certains noms traversent les générations. Celui de Diouma Dieng Diakhaté appartient à cette catégorie. Son nom évoque l’élégance, le boubou revisité, le raffinement et une certaine idée du prestige africain. Mais avant de devenir une figure incontournable du stylisme et de la haute couture, elle a connu les débuts modestes d’une femme qui a appris son métier loin des écoles spécialisées, en observant, en travaillant et en faisant de sa passion une force.

Surnommée la « dame aux 4 F » — Femme, Femme d’affaires, Styliste et Femme de cœur — Diouma Dieng Diakhaté porte aujourd’hui plusieurs visages. Celui de la créatrice qui a fait du vêtement un langage, celui de l’entrepreneure qui a construit une maison de couture reconnue, mais aussi celui d’une femme engagée dont la réussite se mesure autant à son parcours professionnel qu’à ce qu’elle choisit de donner aux autres.

Tout commence à Rufisque, dans une famille modeste. Rien ne semble alors destiner la jeune femme aux univers feutrés de la haute couture. Sa première vie professionnelle se déroule dans les bureaux. Pendant quatorze ans, elle exerce comme secrétaire de direction. Pourtant, en dehors de ses heures de travail, une autre ambition prend forme.

La couture devient son école.

Sans diplôme de stylisme, sans formation académique dans les grandes maisons, elle apprend seule. Les heures libres et les week-ends sont consacrés aux tissus, aux coupes, aux assemblages et aux expérimentations. Elle observe, essaie, recommence. Petit à petit, la passion devient savoir-faire.

Puis un mariage va changer le cours de son histoire.

Pour cette occasion, Diouma Dieng Diakhaté confectionne elle-même un boubou. La création attire les regards et suscite l’admiration. Mais surtout, elle déclenche une avalanche de commandes. Plus de soixante personnes souhaitent à leur tour porter ses créations. Pour une femme qui exerce encore comme secrétaire, le chiffre est vertigineux : ces commandes représentent environ dix fois son salaire mensuel.

Ce jour-là, elle comprend que les tissus qu’elle travaille pendant son temps libre peuvent devenir les fondations d’une véritable carrière.

Entre 1980 et 1985, elle transforme alors son intuition en entreprise et donne naissance au Complexe Shalimar. Les débuts sont loin des ateliers prestigieux et des défilés qui viendront plus tard. Shalimar commence dans un garage, avec deux tailleurs et des machines d’occasion. Mais la modestie des moyens contraste déjà avec l’ambition de la fondatrice.

Diouma Dieng Diakhaté ne se contente pas de confectionner des vêtements. Elle cherche à construire une signature.

Au fil des années, son travail s’impose dans le paysage de la mode sénégalaise et africaine. Le boubou, pièce emblématique du vestiaire ouest-africain, devient sous ses doigts un support d’expression, d’élégance et de modernité. Ses créations séduisent des personnalités de premier plan et de nombreuses Premières Dames du continent.

Shalimar grandit. Le nom de Diouma Dieng Diakhaté voyage. La styliste qui avait commencé avec des machines d’occasion devient progressivement une ambassadrice de la création africaine.

Plus de quarante ans après ses débuts, son aventure entrepreneuriale témoigne d’une conviction : la mode africaine peut s’imposer par sa créativité, sa qualité et son identité. Pour elle, le stylisme n’est donc pas seulement une affaire de vêtements. Il est aussi question de culture, de représentation et de fierté.

Mais derrière les tissus précieux et les créations élégantes se trouve une femme pour qui la réussite ne peut être uniquement personnelle.

La « Femme de cœur » apparaît alors.

Les valeurs transmises par sa mère, notamment le sens du partage et l’importance de la foi, occupent une place centrale dans sa vision de la vie. Une partie de ses ressources est consacrée à des œuvres sociales. Elle s’investit notamment dans le domaine de la santé avec la construction et la modernisation d’une maternité équipée de matériel médical moderne.

Elle agit également dans des moments où la vie impose silence et recueillement. Une morgue qu’elle avait fait construire plusieurs décennies auparavant est rénovée et agrandie. Elle soutient aussi des lieux de culte et des mosquées.

Chez elle, le fil de la mode semble ainsi se prolonger dans celui de la solidarité : créer, réussir, puis transmettre.

Son parcours finit naturellement par dépasser les frontières de l’atelier. En 2012, Diouma Dieng Diakhaté se lance dans la politique et se présente à l’élection présidentielle sénégalaise. Quelques années plus tard, son expérience et son réseau l’amènent vers la diplomatie. Comme Ambassadrice itinérante auprès de la Présidence de la République, elle parcourt le monde pour représenter le Sénégal et promouvoir sa culture et son savoir-faire.

La styliste devient alors ambassadrice d’un pays dont elle porte l’image à travers un domaine qu’elle connaît intimement : la création.

Car la mode, chez Diouma Dieng Diakhaté, est aussi une manière de raconter le Sénégal. Un tissu, une coupe, un boubou peuvent devenir des signes d’identité et des outils de rayonnement. Le vêtement quitte ainsi l’espace privé pour entrer dans celui de la diplomatie culturelle.

Lorsqu’elle évoque les femmes africaines, son discours prend également une dimension personnelle. Elle se réjouit des avancées en matière de parité et souligne le poids économique grandissant des femmes. Son propre itinéraire illustre cette transformation : partie d’un emploi administratif, elle a construit une entreprise, dirigé des équipes, développé une marque et gagné une place dans un secteur où la réussite exige autant de créativité que de caractère.

Aux jeunes générations, elle ne promet pourtant ni raccourci ni succès immédiat. Son conseil est à l’image de son parcours : travailler, croire en soi, garder la foi et surtout persévérer.

Car son histoire ne s’est pas construite en un jour.

Elle s’est construite comme une création de haute couture : morceau après morceau, couture après couture, avec des erreurs, des reprises et beaucoup de patience.

Aujourd’hui, Diouma Dieng Diakhaté n’est plus seulement le nom d’une maison de couture. Elle est devenue une figure du stylisme sénégalais, une entrepreneure, une femme engagée et une personnalité qui a contribué à faire de la mode un espace de création, de transmission et de rayonnement.

De la secrétaire de direction à la créatrice reconnue, du garage de ses débuts aux scènes de la haute couture africaine, Diouma Dieng Diakhaté a finalement cousu bien plus que des vêtements : elle a cousu son propre destin dans l’étoffe de la mode africaine.

khady Ba

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