À Dakar, chaque fin d’après-midi du mois de Ramadan annonce un spectacle empreint d’humanité. À l’approche de l’iftar, les trottoirs s’animent, les thermos circulent et les effluves de café chaud se mêlent à l’air du soir. Dans plusieurs quartiers de la capitale, des élans spontanés de générosité s’organisent autour du partage du ndogou, cette collation offerte pour rompre le jeûne.

Dans des zones populaires comme Gueule Tapée ou Grand-Yoff, de longues tables improvisées apparaissent au coin des rues. On y dispose du pain, des dattes, de l’eau fraîche et du café, souvent du Café Touba, emblématique boisson parfumée aux épices. Les marmites frémissent, les sachets s’alignent, et chacun s’affaire dans une organisation minutieuse malgré la fatigue accumulée par le jeûne.

Le ndogou  fissabilillah  , littéralement « pour l’amour de Dieu » , est distribué gratuitement aux passants, aux conducteurs coincés dans les embouteillages, aux travailleurs encore en service ou à ceux qui n’ont pas les moyens de préparer un repas complet. Le geste est simple, mais sa portée est immense : il incarne l’esprit de partage et de compassion au cœur du Ramadan.

Cette initiative repose souvent sur l’engagement des jeunes du quartier. Des jours avant, ils cotisent, sollicitent des commerçants ou mobilisent les habitants afin de réunir les ressources nécessaires. Ce travail collectif renforce les liens communautaires et crée un sentiment d’appartenance. Chacun contribue selon ses moyens, convaincu que la valeur du don dépasse celle du bien offert.

Au moment précis où le muezzin annonce la rupture, un silence respectueux s’installe, vite remplacé par des échanges de sourires et des mots de bénédiction. Ce rituel quotidien devient alors un espace de rencontre intergénérationnelle. Les aînés encouragent, les enfants observent et apprennent, les voisins se rapprochent.

Plus qu’un simple repas partagé, le ndogou dans les rues de Dakar est un symbole fort : celui d’une société où la solidarité s’exprime concrètement, où la foi s’accompagne d’actions visibles et où personne ne devrait rompre son jeûne dans la solitude. Pendant le Ramadan, la capitale sénégalaise rappelle ainsi que la générosité peut transformer les trottoirs en véritables lieux de fraternité.

khady Ba

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