La disparition de S. I. Touré, guide religieux influent vivant à Soprim, ne doit pas éclipser les véritables victimes de cette affaire : les jeunes garçons qui ont dénoncé des violences sexuelles systématiques, parfois subies dès l’enfance. Ce que certains médias qualifient de « rocambolesque affaire » est en réalité un drame profondément ancré dans des logiques de pouvoir, d’impunité, et de silence institutionnel. Il est temps de le dire : cette affaire ne concerne pas uniquement un homme disparu, mais un système qui protège les agresseurs plutôt que les survivant·es.
Ce que l’on sait : S. I. Touré s’est volatilisé quelques jours après avoir été convoqué pour la seconde fois par la brigade des mœurs, dans le cadre d’une enquête pour violences sexuelles sur mineurs. Il est accusé par un collectif de survivants, certains aujourd’hui adultes, d’avoir exercé sur eux des actes sexuels forcés pendant leur jeunesse, sous couvert de spiritualité et d’autorité religieuse. Les examens médicaux confirment des pénétrations anales. Ces faits, rappelons-le, relèvent de crimes extrêmement graves.
Le pouvoir, la peur et l’impunité
Ce que révèle cette affaire dépasse le cadre d’un individu : elle met en lumière les mécanismes de domination patriarcale, spirituelle et sociale qui permettent à certains hommes d’exercer des violences sexuelles en toute impunité. Quand un marabout, respecté pour son aura spirituelle, devient un prédateur, il ne s’agit pas seulement de « déviance individuelle », mais d’un système où l’autorité masculine ne connaît que rarement de limites.
Il est essentiel de rappeler que les violences sexuelles sur les garçons sont souvent invisibilisées, notamment dans les espaces religieux et éducatifs où l’on suppose à tort que les hommes sont épargnés. Ce silence s’appuie sur une culture de la honte et de la peur, renforcée par la sacralisation des figures masculines d’autorité, qu’elles soient religieuses, politiques ou familiales.
Quand les institutions échouent
La lenteur des procédures judiciaires, le fait que le marabout ait été auditionné puis relâché alors que les témoignages étaient déjà accablants, et surtout, son évasion organisée au moment crucial de l’enquête : tout cela montre à quel point les institutions peinent à protéger les victimes, en particulier quand l’accusé jouit d’un statut social élevé.
Et pourtant, chaque minute qui passe sans justice envoie un message dangereux : celui que certains hommes sont au-dessus des lois, et que les victimes, elles, doivent se taire. Ce message, nous le combattons.
Ne plus détourner le regard
Nous refusons que l’on banalise ces actes, que l’on réduise les violences sexuelles à des faits divers. Nous portons une parole féministe et radicalement solidaire des survivant·es, quelle que soit leur identité de genre. Il n’y aura pas de paix sans justice, et pas de justice sans vérité.


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