Le 4 septembre, la Namibie et les États-Unis ont annoncé conjointement une réduction progressive de l’aide financière américaine au programme de lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) en Namibie. Selon une dépêche de l’Associated Press, la Namibie a reçu, depuis 2003, environ 1,1 milliard de dollars américains dans le cadre du Plan d’urgence du Président des États-Unis pour la lutte contre le sida (PEPFAR). À partir de 2027, cette aide sera limitée à 45 millions de dollars, avant que les États-Unis ne se retirent progressivement du financement direct pour ne fournir plus qu’une « coopération technique » à la réponse namibienne au VIH.

La Namibie face au VIH

Le communiqué officiel, publié à la fois par le ministère namibien des Relations internationales et du Commerce et par l’ambassade des États-Unis en Namibie, présente cette évolution comme une « reconnaissance de la réussite historique de la Namibie » dans la lutte contre l’épidémie de VIH, avec des résultats dépassant même certains objectifs mondiaux de l’ONUSIDA.

Ces dernières années, la Namibie est devenue l’un des premiers pays à dépasser les objectifs internationaux en matière de VIH/sida. Sa riposte est désormais de plus en plus financée et gérée par le gouvernement namibien lui-même.

Parmi les principales réalisations figurent notamment :

  • Des résultats supérieurs aux objectifs de l’ONUSIDA, avec un niveau de 96-98-98 en matière de dépistage, de traitement antirétroviral et de suppression virale, contre un objectif mondial fixé à 95-95-95.
  • L’élimination de la transmission mère-enfant, avec 97 % des nourrissons nés de mères vivant avec le VIH testés négatifs au VIH.
  • Un accès élargi au traitement, grâce aux thérapies antirétrovirales qui permettent à plus de 220 000 personnes de bénéficier d’une prise en charge dans le système de santé publique namibien.
  • Le renforcement des systèmes de santé, notamment à travers des systèmes nationaux d’information sanitaire, des réseaux de laboratoires et des mécanismes de chaîne d’approvisionnement capables de soutenir durablement la réponse à l’épidémie.
  • Le développement de l’expertise nationale, avec une main-d’œuvre namibienne hautement qualifiée et des experts techniques qui participent désormais à la conception et à la gestion du programme national.

En reconnaissant ces avancées et en saluant « le leadership extraordinaire de la Namibie dans la lutte contre le VIH/SIDA », le communiqué estime que le pays est désormais en mesure de « maintenir et de progresser davantage sur ces acquis par le biais de systèmes établis et dirigés au niveau national ».

Mais derrière cette annonce officielle se profile un autre enjeu : les conditions liées au renouvellement de l’aide américaine et la question de la souveraineté des données de santé.

Les dessous du retrait américain

Selon Health Policy Watch, la Namibie a rejeté le renouvellement de l’aide sanitaire américaine principalement en raison des conditions de partage de données proposées par l’administration Trump lors des négociations.

Dans le cadre de la nouvelle stratégie de santé « America First », les États-Unis demandent aux pays signataires de partager certaines informations sanitaires ainsi que des échantillons biologiques, afin qu’ils puissent être transmis à des entreprises et organisations définies par les États-Unis, sans restrictions.

La Namibie a justifié son refus par des préoccupations liées au respect de la vie privée, à la souveraineté nationale et à des questions juridiques. D’autres pays africains, notamment le Ghana et le Zimbabwe, ont également rejeté des conditions similaires de partage de données. À ce jour, au moins 32 pays dans le monde, dont 22 en Afrique, ont toutefois signé ce type d’accord avec les États-Unis.

Le 8 juin dernier, Human Rights Watch avait exprimé ses inquiétudes concernant plusieurs dispositions contenues dans ces accords, notamment pour les pays disposant de mécanismes juridiques limités en matière de protection de la vie privée.

À travers une campagne régionale sous le hashtag #NosCorpsNeSontPasUneClause, des féministes et des organisations de la société civile africaine avaient également demandé davantage de transparence sur les clauses de ces accords bilatéraux, afin d’évaluer leurs risques potentiels, particulièrement pour les femmes et les filles.

Le cas de la Namibie illustre ainsi les nouveaux enjeux autour du financement de la lutte contre le VIH en Afrique, entre autonomie des systèmes de santé, maintien des acquis et protection des données sanitaires.

khady Ba

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