Pourquoi un atelier régional de plaidoyer féministe ?
En Afrique de l’Ouest et du Centre, les organisations féministes ne manquent pas d’engagement. Ce qui leur fait défaut, c’est la coordination. Partout dans la région, des militantes se battent pour les mêmes droits contre les violences basées sur le genre, pour la santé sexuelle et reproductive, pour la participation des femmes aux sphères décisionnelles. Mais elles le font trop souvent de manière isolée, sans stratégie régionale coordonnée et sans effet de levier collectif face à des systèmes de pouvoir profondément enracinés.
Le contexte aggrave ce déficit. La montée de l’autoritarisme et des mouvements anti droits, la réduction progressive des libertés civiques, les crises sécuritaires et les effets du changement climatique créent des pressions croisées qui fragilisent les mouvements féministes et aggravent les inégalités de genre. Les femmes et les filles en paient le prix de manière disproportionnée : violences accrues, déplacements forcés, précarité économique, restrictions d’accès aux soins. Des défis qui transcendent les frontières nationales et appellent une réponse coordonnée, structurée et durable.
C’est dans ce contexte que le Fonds Pananetugri a organisé cet atelier non pas comme une formation classique, mais comme un espace de réflexion stratégique, de solidarité régionale et de co-création de réponses communes.
L’atelier s’inscrit dans le cadre du projet Build Girls and Women Power, financé par l’Allemagne avec le soutien technique de la GIZ, et bénéficiant de l’appui de Global Fund for Women et de Mama Cash.

Cinq jours pour analyser, construire et s’allier
L’atelier s’est ouvert sur une cartographie collective des réalités nationales. Chaque organisation a apporté son analyse du contexte de son pays, ses contraintes politiques, ses résistances sociales, ses opportunités d’influence. Ce croisement de perspectives a permis de faire émerger une lecture partagée des enjeux régionaux et de dégager des priorités communes.
Douze pays, douze contextes différents, une même ambition.
Les travaux se sont ensuite orientés vers la construction d’une stratégie. Identification d’une thématique régionale prioritaire, définition d’objectifs stratégiques, élaboration d’un plan de plaidoyer régional structuré et budgétisé. Chaque étape a été pensée pour relier analyse et pratique, réflexion et mise en œuvre. Loin d’une formation descendante, la méthodologie a fait le pari de la co-construction : chaque participante, productrice de savoirs et d’outils concrets pour un plaidoyer qui porte.
Au-delà des outils produits, c’est une dynamique de sororité et d’appartenance commune qui s’est affirmée au fil des jours. Des liens se sont tissés entre des militantes qui mènent souvent leurs combats importants séparément. Dans des contextes où l’espace civique se rétrécit et où les pressions sur les défenseures des droits s’intensifient, cette solidarité régionale n’est pas un acquis : c’est une ressource stratégique que cet atelier a contribué à construire.

Des résultats concrets, une dynamique durable
Les organisations repartent de Saly avec des avancées tangibles : des compétences renforcées en plaidoyer féministe, une analyse régionale des enjeux produite collectivement, une thématique prioritaire validée, un plan de plaidoyer régional structuré et budgétisé, et un plan d’action national pour chaque organisation adapté à son contexte, réaliste et opérationnel.
Mais le résultat le plus décisif est celui qui ne figure dans aucun tableau de bord : la mise en place d’un mécanisme de coordination régionale pour que les organisations continuent d’agir ensemble après Saly. Il ne s’agit plus seulement de renforcer des organisations individuelles, il s’agit de construire un mouvement capable de peser durablement sur les politiques publiques et de porter des revendications communes là où les voix isolées ne suffisent plus.

Vers un plaidoyer féministe régional structuré
Dans un contexte où les espaces civiques se rétrécissent et où les crises s’accumulent, renforcer les capacités, construire des alliances et coordonner les actions ne sont pas des options : ce sont des impératifs politiques pour que les droits des femmes et des filles continuent d’avancer.
Car sans organisation collective et sans plaidoyer structuré, il ne peut y avoir de transformation profonde. Cet atelier de plaidoyer féministe en est la démonstration.
À Saly, quelque chose de plus qu’un atelier s’est joué : une volonté politique collective s’est affirmée. Pendant cinq jours, des organisations féministes de toute la région ont posé les fondations d’un plaidoyer commun, ancré dans les réalités locales mais tourné vers une ambition régionale. Face aux reculs des droits, à la fermeture des espaces civiques et à la montée des discours anti droits, cette rencontre rappelle une chose essentielle : les mouvements féministes sont plus forts lorsqu’ils s’organisent, se relient et portent ensemble leurs revendications. Saly n’est donc pas une fin, mais un point de départ : celui d’une dynamique régionale durable, sorore et résolument transformatrice pour les droits des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest et du Centre.


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