Les organisations et militantes féministes guinéennes haussent le ton. Plusieurs mois après l’arrestation de quatre hommes poursuivis pour des faits de viols sur des mineures, de captation et de diffusion de vidéos à caractère obscène à Mandiana, elles dénoncent la lenteur de la procédure judiciaire et réclament l’ouverture immédiate du procès. En signe de protestation, elles ont décrété un « Jeudi noir », une journée  destinée à dénoncer l’impunité des violences sexuelles faites aux femmes et aux filles.

L’affaire remonte au 10 avril 2026. Quatre suspects avaient été présentés à la presse par la gendarmerie avant d’être déférés devant le Tribunal de première instance de Mandiana. Ils sont accusés d’avoir enlevé de jeunes filles âgées de 12 à 13 ans dans le district de Balandou, sous-préfecture de Kondianakoro, avant de les conduire dans une zone isolée où elles auraient été violées. Selon les enquêteurs, les auteurs présumés auraient également filmé les agressions avant de diffuser les vidéos.

D’après la gendarmerie, un cinquième suspect reste toujours recherché. La diffusion des images a profondément choqué l’opinion publique en exposant l’extrême violence subie par les victimes.

Malgré la gravité des faits, les organisations féministes s’inquiètent de l’absence d’audience plusieurs mois après les arrestations. Dans une lettre ouverte, elles dénoncent un retard qui nourrit les craintes d’une banalisation des violences sexuelles et d’une justice à deux vitesses.

Les militantes affirment également avoir été alertées par des rumeurs persistantes évoquant un éventuel arrangement à l’amiable ainsi qu’un désistement des familles des victimes. Elles rappellent que de telles démarches ne peuvent mettre un terme aux poursuites.

« Le viol est un crime. L’action publique est exercée au nom de la société. Elle ne saurait s’éteindre parce qu’une famille se désiste ou qu’un arrangement est envisagé », insistent-elles.

Pour les signataires, les violences sexuelles commises contre des enfants ne relèvent pas de conflits privés pouvant être réglés par la médiation ou la compensation financière. Elles rappellent qu’il appartient à la justice de poursuivre les auteurs présumés au nom de l’intérêt général et de la protection des victimes.

Les organisations féministes interpellent directement le procureur de la République compétent afin que toutes les dispositions nécessaires soient prises pour que le procès s’ouvre dans les meilleurs délais. Elles redoutent qu’à l’approche des vacances judiciaires, cette affaire ne soit reléguée au second plan et ne rejoigne la liste des dossiers qui s’enlisent jusqu’à tomber dans l’oubli.

En décrétant un « Jeudi noir », elles entendent maintenir la pression sur les autorités judiciaires et rappeler que chaque retard dans le traitement d’une affaire de violences sexuelles est susceptible d’affaiblir la confiance des victimes envers la justice.

« Pas cette fois », martèlent-elles, en exigeant que les auteurs présumés soient jugés dans le respect des droits de toutes les parties et que, s’ils sont reconnus coupables, les sanctions soient proportionnelles à la gravité des faits.

Au-delà du dossier de Mandiana, cette mobilisation se veut un appel plus large contre l’impunité des violences faites aux femmes et aux filles en Guinée. Les organisations féministes réaffirment leur engagement à suivre cette procédure jusqu’à son terme et assurent qu’elles resteront mobilisées afin que ni le temps, ni le silence, ni d’éventuels arrangements ne fassent obstacle à l’action de la justice.

Dans cette affaire, elles rappellent enfin que les droits des enfants victimes de violences sexuelles, leur protection et leur accès à la justice doivent demeurer au cœur des préoccupations des institutions, afin que de tels crimes ne restent jamais sans réponse judiciaire.

khady Ba

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