Elle avance dans la vie avec la grâce d’un sourire d’ange et la force d’une guerrière. Assise sur sa chaise roulante, un espace qu’elle a apprivoisé au point d’en oublier parfois les contours, Aïssatou Cissé porte en elle la voix de celles et ceux que la société sénégalaise préfère trop souvent condamner au silence. Écrivaine, féministe acharnée et militante des droits humains, elle a fait de sa plume une arme de reconstruction massive.

Née à Dakar en 1971, handicapée motrice de naissance, rien ne prédestinait pourtant cette fille aînée d’une fratrie de neuf enfants à devenir l’une des voix contemporaines les plus percutantes du Sénégal. Mais chez les Cissé, l’esprit n’a pas de limites : portée par des parents enseignants, elle décroche sa licence en Lettres modernes par correspondance, prouvant très tôt que les barrières physiques ne sauraient emprisonner son intellect.

Le « coup de gueule » comme acte de naissance

Pour Aïssatou Cissé, l’écriture n’est ni un passe-temps, ni un refuge douillet. C’est un cri. « Écrire est pour moi un coup de gueule, c’est ma manière de fustiger certaines choses qui me dérangent dans la société », confie-t-elle. Ce besoin viscéral de justice a commencé sur des bouts de papier griffonnés à la hâte, avant de s’imprimer définitivement sur les touches d’une vieille machine à dactylographier. De ce combat intime est né Zeyna en 2002, un premier roman magistral qui explore les fêlures de l’enfance au sein d’une famille polygame.

Depuis, sa bibliographie s’est enrichie (Linguère Fatim, Les Histoires de Nafi & de Khadija, Un secret trop lourd, Délinquance amoureuse), dessinant une œuvre profondément engagée. Polygamie, violences physiques et psychologiques faites aux enfants, mutilations génitales féminines, mariages forcés : aucun tabou socioculturel ne résiste à la clarté de son analyse.

Une vie pleine, au-delà des regards

Au-delà des livres, c’est sur le terrain qu’Aïssatou Cissé applique ses idéaux. Qu’il s’agisse de son action au sein de la Cosydep pour la défense de l’éducation publique, ou de son engagement à l’Asedeme pour la protection des enfants déficients mentaux, elle refuse le misérabilisme.

Le plus grand affront qu’on puisse lui faire ? Douter de ses capacités. Dans une société prompte à sous-estimer les personnes en situation de handicap, certains soupçonnent l’existence d’un « nègre littéraire » ou la testent en lui demandant un autographe pour la voir écrire. À ces doutes mesquins, elle répond par un sourire et une certitude : elle vit pleinement sa vie de femme, sa sexualité, ses passions — du soup kandj aux éclats des matchs de football à la télévision —, sans rien avoir à envier à personne.

Aïssatou Cissé n’écrit pas pour plaire, elle écrit pour rétablir l’équilibre du monde. À travers chaque mot, elle rappelle que le handicap n’est pas une fatalité, mais une perspective différente pour observer, dénoncer et, finalement, guérir la société. Une plume majuscule, résolument debout.

khady Ba

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