L’affaire trouve son origine dans les violents affrontements survenus le 9 février 2026 au campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), opposant des étudiants à des éléments de la Police nationale. Les heurts ont occasionné d’importants dégâts matériels ainsi que plusieurs blessés, plongeant la communauté universitaire dans une vive tension.
C’est dans ce contexte qu’est survenu le décès d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année à la Faculté de Médecine. Face à la gravité des faits, le Procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête exhaustive afin d’établir les responsabilités et de faire toute la lumière sur les circonstances du drame.
Selon le communiqué rendu public le 14 février à Dakar, la Sûreté urbaine a été chargée d’enquêter sur les incidents liés aux affrontements, tandis que la Division des investigations criminelles (DIC) a été saisie pour déterminer les causes et les circonstances exactes du décès de l’étudiant. Les investigations ont déjà donné lieu à plusieurs actes, notamment des auditions, un transport sur les lieux et une autopsie.
À ce stade, le Procureur a indiqué que les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime. Il a par ailleurs appelé à la retenue et au respect du cours normal de la justice, dans l’attente des conclusions définitives de l’enquête.
Cependant, cette communication officielle n’a pas apaisé les tensions. Le Collectif des Amicales de l’UCAD a exprimé sa vive consternation à la suite de la conférence de presse tenue le 17 février 2026 par le procureur Ibrahima Ndoye. Dans un communiqué, le Collectif estime que la déclaration du parquet traduirait une volonté de l’État de se dégager de toute responsabilité dans cette affaire qualifiée de « douloureuse et inacceptable ».
Les étudiants contestent plusieurs éléments avancés, notamment les circonstances évoquées d’une chute du quatrième étage. Ils soulignent des zones d’ombre et s’interrogent : comment la situation a-t-elle pu dégénérer à ce point ? Qui a autorisé l’intervention des Forces de défense et de sécurité à l’intérieur du campus social ? Le ministre de l’Intérieur a-t-il supervisé les opérations du 9 février ? Pourquoi aucun ordre de retrait n’aurait-il été donné malgré, selon eux, l’escalade des violences ?
Le Collectif s’interroge également sur l’origine de l’incendie signalé dans une chambre du campus, qui aurait provoqué un mouvement de panique. Des incohérences présumées sont évoquées concernant certaines conclusions médico-légales, notamment l’absence de fractures malgré une chute d’une hauteur importante.
Rejetant toute tentative de faire des étudiants des « boucs émissaires », le Collectif exige la libération des personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire, dénonçant des détentions jugées injustes. Il a par ailleurs maintenu un mot d’ordre de grève jusqu’au 19 février 2026, tout en saluant l’élan de solidarité observé à l’échelle nationale.
À ce stade, l’enquête judiciaire suit son cours. Entre communication officielle et contestation estudiantine, l’affaire Abdoulaye Ba demeure au cœur du débat public, dans l’attente de conclusions définitives susceptibles d’éclairer pleinement les circonstances de ce décès tragique.


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