Par warkhatv
Pendant six jours — du 15 au 20 avril 2025 — les voix féministes du Sahel ont résonné avec force à travers le Festival SANKOFA. Du Burkina Faso au Tchad, les jeunes ont pris la parole pour dire non aux violences sexistes, et oui à la paix, à l’égalité et à la solidarité. Dans deux pays marqués par les conflits, les déplacements et l’effritement du tissu social, cette initiative féministe transnationale a offert un espace d’expression et de transformation pour les jeunes, en particulier pour les filles.
Dans les interstices des conflits armés et des crises humanitaires qui secouent ces deux pays, une autre guerre, plus silencieuse, fait rage. Celle que vivent quotidiennement les femmes et les filles : viols, mariages forcés, mutilations génitales, discriminations et féminicides. Trop souvent reléguées à la marge des débats sur la paix et la sécurité, elles sont pourtant les premières à subir les conséquences des violences, et paradoxalement, les dernières à être écoutées.

Des chiffres qui parlent… et des femmes qu’on tait
Au Burkina Faso, la situation humanitaire s’est considérablement détériorée avec plus de 1,7 million de personnes déplacées internes (PDI) recensées en octobre 2022, selon le Cluster Protection. Parmi elles, près de 23 % sont des femmes, souvent exposées à des violences sexuelles et domestiques aggravées par l’insécurité et le déplacement.
Le Tchad, lui, fait face à un autre type de silence : celui qui entoure les violences faites aux femmes. Une femme sur cinq y subit des violences physiques ; 12 % sont victimes de violences sexuelles chaque année. Et les mutilations génitales féminines restent une réalité pour près de la moitié des jeunes filles, souvent dès l’enfance.
Derrière ces chiffres se cachent des vies fragmentées, des parcours entravés, et des rêves avortés. Mais aussi une force inouïe, une résilience tenace. Et c’est précisément cette force que SANKOFA veut mettre en lumière.
SANKOFA : un espace féministe, transfrontalier et transformateur
Du nom du symbole adinkra ghanéen qui signifie « retourner chercher ce que l’on a oublié », le Festival Féministe SANKOFA est bien plus qu’un événement culturel. C’est une réponse politique à des décennies d’invisibilisation, un manifeste en acte contre les violences sexistes, et un lieu de création d’alternatives féministes.
À travers des ateliers, des débats, des performances artistiques, des rencontres communautaires, le festival entend :
- Redonner aux jeunes filles et garçons les outils pour s’exprimer, résister et bâtir la paix ;
- Créer un dialogue entre le Burkina Faso et le Tchad, au-delà des frontières physiques et mentales ;
- Sensibiliser aux VBG et promouvoir la justice de genre comme condition sine qua non d’une paix durable.
Des jeunes comme actrices et acteurs de la transformation
Le pari de SANKOFA est clair : la jeunesse, en particulier les jeunes filles, n’est pas qu’un « public cible », elle est sujette politique. Trop souvent exclues des processus décisionnels à cause des normes patriarcales, les jeunes filles sont ici replacées au centre : non pas comme victimes, mais comme porteuses de changement.
Le festival repose sur une dynamique inclusive, impliquant également les leaders communautaires et les organisations locales de la société civile. Car ce sont elles et eux, au plus près des réalités, qui peuvent garantir que les messages féministes ne soient pas seulement entendus, mais compris, relayés et intégrés.

Une résistance féministe enracinée dans le Sahel
Dans un contexte où la guerre et la précarité volent aux filles leurs droits et leur dignité, SANKOFA choisit la culture, l’éducation et la solidarité comme armes de reconstruction. Le féminisme y est politique, collectif, ancré dans les réalités locales mais ouvert aux solidarités transnationales.

SANKOFA, c’est un rappel : la paix sans les femmes n’est pas la paix, et la justice sans l’égalité n’est qu’un mirage.
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